Rédigé à 20:02 dans principauté de grand paradi | Lien permanent | Commentaires (10) | TrackBack (0)
Vous en rêviez depuis au moins dix minutes, et ça y est : vous avez été taguée.
Bombay magic vient donc de vous refiler, comme une joyeuse maladie, une liste invraisemblable de questions impossibles auxquelles il vous faut répondre le plus clairement possible, sinon, à ce que vous avez compris, un personne de petite taille viendra vous enfiler un sarouel ( ?). De toute façon, comme vous l’avez déjà dit , comme tout un chacun vous adorez qu’on vous demande votre avis sur des trucs qui n’intéressent personne.
Allons-y.
Qu’est ce qui t’obsède ?
Ah mais oui, crois le ou pas mon coco, ça démarre comme ça.
Bon, ce qui vous obsède, c’est vos obsessions, les trucs auxquels vous pensez tout le temps… C’est ça, ce qui vous obsède.
Les mauvaises herbes, par exemple. Pas pour les arracher, hein. Pour les identifier, les manger, les caresser, les adorer. Dans toutes les villes du monde où vous êtes allée, par exemple (au hasard, rome, bombay, stockholm, bruxelles, athènes, pondichéry, singapour, dubai, new york, oh arrêtez de crâner, vous n’êtes jamais allée à Brie comte robert), (enfin bon tous ces trucs ringards comme londres ou syracuse), vous avez réussi à trouver du pourpier sauvage entre les pavés.
Quelle est ton obsession la plus étrange ?
Tout est étrange en vous. Comment définir quelqu’un qui tutoie ses lecteurs tout en se vouvoyant ?
Que portes-tu aujourd’hui ?
Une partie infime de la misère du monde, et aussi de très
beaux bijoux en argent. Tout à l’heure, vous avez porté un chat.
Que mangerez vous ce soir ?
Les mêmes trucs déprimants que les autres soirs, mais tout faits. Du riz aux crevettes avec des cheveux dedans.
Quelle est la dernière chose que tu as achetée ?
Un truc au chor bazar . Pas cher, et malgré tout pas très utile. Dans une boutique secrète à l’étage, dans un immeuble tout pourri qui sent mauvais, où vous n’étiez jamais allée avant (ce type d’endroit existe, vous en avez fait la triste et joyeuse constatation ce jour), même qu’une dame indienne assise par terre juste derrière la porte en train de fouiller dans la marchandise a failli mourir de vous voir là et vous a demandé comment ça se faisait-ce que vous étiez là, dans le même truc secret qu’elle. Vous avez fait semblant d’être anormale, alors elle n’a plus rien dit : vous avez pu marchander des trucs à cinq roupies la pièce (vous ne direz pas ce que c’est, sûrement pas) (bon, de minuscules petites broderies de fleurs anciennes sur des minuscules morceaux de soie, ok, bon, vous ne vouliez rien dire, pourquoi vous avoir forcée). Vous en avez pris 37. C’est le nombre exact qu’il vous fallait pour fabriquer un truc dont vous n’avez pas encore idée. Mais c’était le nombre exact. 37.
Qu’écoutes-tu pour l’instant ?
Sir qui siffle dans le salon en marbre rutilant. Le match à Roland Garros doit être fini. Et le chat qui réclame de la bouffe sans poils.
Quelle est ta glace préférée ?
Le pista kulfi. Une tranche ronde et plate de glace indienne enveloppée dans du papier, super sucrée, super délicieuse, charmante, agréable, plaisante et satisfaisante, et aussi un petit peu exquise.
Que penses tu de la personne qui t’a taguée ?
Que pour elle comme pour vous, ça doit porter la poisse de tenir un blog, parce qu’elle aussi doit rentrer en France en le voulant pas trop trop. Vous souhaitez qu’elle y soit heureuse. Vous pensez qu’elle a une vraie âme et un vrai talent de journaliste. Et qu’en même temps, elle est drôle, ce qui n’est pas très facile, comme truc.
Si on t’offrait une maison n’importe-où dans le monde, où voudrais-tu qu’elle soit ?
Dans plein d’endroits différents ; une maison volante, un peu, qui dort pas du tout la nuit, et le matin on sait pas où on est. Mais où il y a de la campagne, quand même, et des murs pour accrocher des tableaux.
Ton must have pour l’été ?
Des très grandes armoires pour ranger tous les millions d’habits et d’écharpes que vous avez accumulés en deux ans en Inde. Par exemple, vous avez 19 écharpes en coton tye & dye et d’un chic renversant.
Si tu pouvais aller n’importe où dans le monde, dans l’heure qui vient, où irait-tu ?
Dans votre maison de n’importe où dans le monde, pour voir si Leena est dans la cuisine.
Quelle langue voudrais-tu apprendre ?
Vous avez été trop frustrée de parler mal l’anglais pour choisir serbo-croate. Et aussi, s’il te plait, vous voudriez l’anglais avec l’accent indien.
Quelle est ta citation préférée ?
Viser la lune, ça me fait pas peur.
oh, bon, vous ne savez pas. Mais disons que votre devise ce serait un peu si tu veux tu peux (jean bernard Cagoule)
Le mec, à gauche sur la photo.Vous vous êtes croisés, un jour, sur une plage du kerala. Vous êtes trop timide. Il est beau, non? C'est un empereur.
Quelle est la pièce préférée de ton armoire ?
La salle de bain
Quelle est ta couleur préférée ?
Pourtant vous faisiez des prières pour échapper à celle-là. Mais on s’en fout, ma petite belette ! Le marron, tiens. Avec du vert foncé, une bordure de bordeaux mordoré et des cœurs en fausse fourrure.
Quel est ton mannequin préféré ?
Jean bernard Cagoule.
Si tu avais 100 dollars à dépenser tout de suite, qu’achèterais-tu ?
Vous te l’offririez (rien que pour la phrase mal sonnante et trébuchante)
Ton style préféré ?
Le style genre.
Que considérez-vous comme un fashion faux pas ?
Le fait de tantôt vous tutoyer, et tantôt vous vouvoyer, selon le niveau d’implication sensorielle des questions de ce tag
De qui ou de quoi t’inspires-tu pour t’habiller ?
De qui : des femmes les plus chics et dingos du monde.
De quoi : de jean bernard ivre, aussi.
Ça donne un ensemble très réussi.
Le métier de tes rêves ?
Un métier où tout le monde vous trouverait sensationnelle. Mais y en a pas.
Gratteuse de chat, peut-être.
Décris ton style personnel.
Vous ressemblez un petit peu à une étagère. Vous êtes sensationnelle.
Que voudrais-tu voir revenir à la mode ?
Les filles qui ressemblent à des lits de camp. Vous en avez marre d'être dans le coup.
Quelle période t’inspire le plus dans la mode ?
Vous aimez bien les années soixante, et aussi la période entre quatre et six ans.
Quand tu t’habilles, par quoi commences-tu ?
Par regretter de ne pouvoir vous plaindre de ne rien avoir à vous mettre.
Quelle est la pièce que tu ne porteras jamais ?
Le salon. Il est bien trop lourd, avec tout ce marbre rutilant.
Y a-t-il des pièces qui te plaisent mais que tu n’oserais jamais porter ?
Vous ne désirez pas porter des pièces. Vos désirs sont bien différents. C’est une idée stupide. Où iriez vous les poser ensuite ? Dans votre maison qui est n’importe où dans le monde ? Cesse avec ça. Cesse tout de suite.
Que vas-tu faire après ça ?
Vous hésitez entre crever dans un coin et allumer la clim. Taguer quelqu’un d’autre. Taguer la baby de bombay qui se croit bien tranquille.
Rédigé à 16:44 dans smecta | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
Lorsque l’auteur de ce blog sera âgée d’un mois supplémentaire, et donc résidente française, on dira d’elle, le soir, dans les boîtes de nuit et les charcuteries interlopes : quelle femme ! Et mieux: quelle femme ordinaire !
Sans maids, même sans chauffeur, sans clim plus bruyante qu’un tracteur (aaaaoahh est le mot qui vient quand on l’éteint), sans piscine en forme de l’Inde, sans boa dans le jardin, sans crachat dans la rue, sans Sir, sans mangue, sans la nuque très légèrement collante des 176% d’humidité de l’air et million de chaleur, sans what to cooking today mam, sans aventure écarquillante en descendant chercher une ampoule (vous en achetez souvent, dirait-on, mais ne remplacez jamais celles qui chez vous ont rendu l’âme, pour des raisons difficiles à établir ici mais expliquant sans doute pourquoi, petit à petit, votre horizon s’obscurcit), sans marbre rutilant, sans eau minérale, sans chor bazar, sans toi, peut-être, lecteur expatrié, et c’est bien triste, ne m’oublie pas, car moi, je t’aime toujours,
mais donc, dans un mois,
avec fille aînée (fille ! rire du matin au soir ! hululer de sanglots au cinéma !), avec amis des enfants et de vous, avec cinéma donc, trois séances à la suite, avec terrasse de café, avec librairies, avec crachin dans la rue, avec artichaut (bordel de merde, des artichauts, quand même), avec ceux qui avant, vivaient à d’autres heures, avec la nuque trempée de la pluie qui-ah-bon-c’est-pour-176%-des-journées-de-novembre ?, avec plein de travail à rendre, plein de fleurs à acheter, de cris abominables et enchantés qu’on peut pousser sans témoin dans la maison à neuf heures moins huit du matin, en culotte, sautant sur les canapés avec l’aimable chat prisonnier dans ses bras (c’est un exemple. Tu peux aussi faire pipi la porte ouverte, et personne ne viendra t’interrompre le jet : mam, can you come, I bring nice mangoes today. Puis, onze secondes plus tard, mam, what potato do you want for diner)
C'est-à-dire que dans trois ou quatre mois, revenue de vacances, vous vous retrouverez chef de la maisonnée (sans Sir, donc, qui s’attarde un peu à bombay, pas trop longtemps on espère fortement), si tu louchais un peu tu jurerais, c’est à s’y méprendre, qu'il s'agit d'Yves Mathieu-Saint-Laurent, vingt et un ans, soudain propulsé à la tête de la Maison Dior (sauf que vous réservez les colossales lunettes aux journées consacrées à l’étude des conjonctivites à travers le monde).
Dans votre cuisine rose vous surgirez donc (« Le rose, c’est beau avec du beige, du marron, du violet. C’est une couleur qui remplace les gants blancs… », s’enthousiasme Yves au début des années quatre-vingts) et en sautillant et chantant y cuisinerez des rôtis de porc à la cocotte, des artichauts barigoule, des langoustines crues qui ressemblent avant dépeçage à des vieilles et maigres indiennes aux jambes arquées, du dos de cabillaud grillé et, quand même un peu, de la salade de nouilles à la Leena, avec trop de nouilles trop cuites, trop peu de minibouts de tomates et de concombres mous, mais avec quand même quelques poils.
Une fois par mois, vous irez jusqu'à préparer tout un dîner indien et les enfants auront des torrents d’eau nostalgique dans les yeux, mâchant avec délectation le poulet qu’ils repoussent –horreur !- aujourd’hui, des rigoles poudrées de curcuma leur remontant par les narines.
Et vous ferez la vaisselle. Rangerez le petit déjeuner. Ramasserez les trognons. Sortirez les poubelles. Rachèterez du paic. Rincerez les éponges. Quelle allégresse ce sera ! Quelle liesse dans votre chaumière avec jardinet ! Quelle vie!
Vous pourrez faire tout ce que vous voulez ! Sans huile ! Sans préméditation !
Demain, vous raconterez comment, ayant récemment voulu retomber en enfance en préparant un inouï gâteau au yaourt, vous avez cru décéder en constatant que dans les placards de la cuisine coachée par Leena, il n’y avait ni levure ni farine, et que sur les neuf œufs que contenait le frigo, six étaient remplis d’un jus très liquide et d’une couleur qu’Yves Saint Laurent associerait in petto au rose bougainvillée de votre cuisine parisienne : le marron tendance Ricoré.
Allez fanfaronne poulette, relis ça dans un mois, et en nettoyant la poubelle auréolée de tes propres projections familiales, on verra si tu ne le regrettes pas, le capharnaüm à l’huile de Leena.
Parce que votre cuisinière Leena est l’une des personnes les plus délicieuses qui soit.
Au moment de la séparation de juin, elle ne sera pas la seule à pleurer, vous le savez bien. Peut-être même que, sur son épaule où elle vous aura perchée en vous écrasant de ses grands bras au lugubre moment du départ, vous chercherez les rigoles de curcuma qui dévalent matin après matin les pentes de son cou, pour toujours en garder le goût sur la langue.
Le curcuma, Yves, ça va bien avec le rose, aussi.
Rédigé à 17:14 dans apporter son manger, maison de fous | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
Toi qui, voilà de longues semaines, as entamé une
grève de la faim pour protester contre l’abandon de ce blog, décroche ton
téléphone et commande ta pizza ananas-flageolet en family size : mais oui,
mon petit vieux, c’est reparti !
Bien entendu, les raisons de cet oppressant silence sont nombreuses, existentielles et marbrées :
vous organisez des ventes de casseroles à domicile, animez des ateliers d’écriture, réparez des cerfs-volants, creusez des tunnels entre Grand paradi et Paris, achetez ressorts, parures de sultane et entonnoirs à chor bazar, préparez en pensée vos valises en y glissant ici et là des paniers chevelus de mangues alfonso et des zébus couleur de craie, lisez des biographies de Saint Laurent en en déplorant la faiblesse iconographique, vous demandez pourquoi votre éditeur ne vous donne aucune nouvelle et aussi comment font ces hommes pour conduire une charrette chargée de poutrelles métalliques tirée par deux zébus au milieu des camions rendus fous par le trop grand nombre de piétons et le trop petit de zébus.
Accessoirement, vous êtes tout aussi bien devenue, l’idée de votre proche départ se faisant jour après jour plus concrète, quelque chose de férocement semblable à l’un des ingrédients de ta pizza susnommée :
le fromage mou, celui qui fait des fils quand on tire dessus.
Mais oui. Quoi de mieux que ces longs fils blancs pour tenter de vous coudre bien solidement à cette ville, empêchant quiconque de vous en décoller dans un mois ?
Rédigé à 04:41 dans sudoku | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Comme à peu près un week end sur deux, vous êtes allée samedi à chor bazar (=marché des voleurs=puces de bombay), pour trouver les choses
indispensables qui manquent à votre amoncellement de choses indispensables en
provenance du chor bazar.
Le marché des voleurs est un endroit formidable, poussiéreux et surchauffé où il faut absolument aller un week end sur deux.
Ne vous tenant
pas rigueur de l’autre week end, celui où vous ne venez pas, la plupart des marchands
finissent par vous connaître, et vous dirigent, à peine vous profilez-vous dans
l’allée, vers les merveilles épouvantables qu’ils vous ont dégotées depuis la
dernière fois, ne peuvent vendre qu’à vous mais jurent hautement convoitées :
depuis qu’ils les ont mis en boutique, pourtant bien cachés et à votre exclusive intention,
un nombre étonnant de clients en ont bruyamment exigé l'immédiate cession : à les en croire, un sur trois aurait été disposé à payer en dollars ou en surimi,
un sur vingt-huit les aurait menacé d’une arme et une sur treize aurait chanté une
chanson d’Annie Cordy.
Pour cette bouteille remplie de perles de couleurs et de crocodiles en celluloïd, mille deux cents roupies sont alors tour à tour offertes par ces impétueux lascars - quand le marchand ne vous en demande, à vous, que deux cent cinquante : twelve hundreds, believe me, mam : I said no.
Vous êtes son amie.
En attendant, chez celui qui vous propose toujours une minuscule bouteille de faux coca cola bien fraîche pour vous remercier de vos trop nombreux achats inconsidérés, vous dégottez ce samedi-là un lot de photographies en noir et blanc, des photos d’agence de presse datant des années soixante à quatre-vingts. Vous en choisissez sept, car vous aimez les photos de gens, les photos en noir et blanc, celles qui vous parlent et celles qui sont cornées, mystérieuses.
Des réfugiés du Bengladesh, des hommes politiques indiens, et puis la princesse Grace avec son mari, sa fille et Aristote Onassis. Ça fait un drôle de mélange, là, dans la petite échoppe indienne, avec Sir, vos neveux en visite, le faux coca cola et vous. Ça vous va tout à fait bien.
Regarde, maintenant, la beauté, la force du visage de ce réfugié ci-dessus, et puis observe aussi, ci-contre, la dégaine du Prince Rainier en maillot de bain à côté de sa femme en 1961.
A ton avis, lequel a des lunettes?
Rédigé à 12:02 dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
Certaines choses vous mettent en joie. La féerique
créativité des gens. Leur propension à faire rêver. Et encore plus joyeuse êtes-vous
lorsque à cette inventivité se mêle un logiciel de traduction automatique.
Comme tout un chacun et même comme toi peut-être, chaque jour vous recevez une cinquantaine de spams dans votre messagerie pourtant lente et molle.
Vous prenez soin de n’en ouvrir aucun, mais avec délectation parcourez avant de les supprimer la liste des noms d’envoyeurs ainsi que les intitulés traduits.
Comment résister à ça, et ne pas onduler de tendresse envers son prochain ?
Robbie curry : buvez pas d’alcool ! Nous aider ! Cliquez ici !
Xavier reaves : avec notre production votre vie sera joyeuse
Ivette daphne : j’aime la pharmacie pilula
Melinda joslyn : nos européens toujours pilulas
Hollis ward : venez pur et demandez vous sur les prix
Iva ivette : nouvelle année et nouvel an peuvent vous aider
Anie tempi : il est vrai ! Ces programmes va vraiment !
Contessa rachell : je ne fume pas. Viens à europharmacie
Doloris genevieve : ce pénis est grand
Noberto valenzuela : jouer cricket votre pénis
Augusto danny : baiser, comme un champion du monde
Johnnie blankenship : essayez de réduire ma taille : ta tente en vain
John fonda : atteindre l’autre bout du monde avec mon piquet !
Leopoldo keith : votre pénis atteindre vos genoux et votre menton !
Mon pénis est parfait : ne vous inquiétez pas ! Avez un grand pénis !
Bernadine mcdermott : un bleu miracle : et vous ferez ça avec votre voisine
Eda matako : je suis le plus fort ! Voulez vous en boule avec moi ?
C’est ça, que vous voudriez faire, dans la vie.
Inventer des noms délicieux comme brittney light, ashly josphine ou emmanuel frite et remplacer, quand il est fatigué, un petit logiciel de traduction artisanale. Avez de grandes ambitions, Grand paradi ! Lancez vous à l’autre bout du monde ! Atteindre votre cerveau ! Cliquez ici !
Rédigé à 10:08 dans viagra | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
Tu t’en doutes, vous n’êtes pas la seule à blogger à bombay.
Ni même à mumbai.
Vous faites plus ou moins partie, une fois n’est pas coutume,
d’une sorte de groupe, dont vous ne connaissez d’ailleurs à ce
jour malheureux pratiquement aucun membre : celui des bloggeurs francophones de la
capitale économique de l’Inde, ce qui, avoue-le, vous pose un peu là.
Au début du mois, et selon un sujet donné, chaque bloggeur concerné envoie au bombay blog un texte de son cru. Et voilà qu'en ce premier avril où tout blog devrait blaguer, la question posée est d’une déroutante importance :
êtes-vous, auteur de ce blog, nom d’une bite en bois, êtes-vous donc mumbaikar ou bombayite ?
Merde. En d’autres mots, on vous demande d’expliquer si au réveil vous vous sentez plutôt du nord, du sud, indienne, anglaise, moderne, coloniale, mumbite, bombayseur, mumbaillebite, bombesque, mouilletabite, monkatkar ?
Vous vous embrouillez. Vous avez très chaud. Vous n’aimez pas les étiquettes. Vous ne comprenez pas les mots. Au réveil, vous êtes toujours comme ça : en train d’écouter ravie les paons qui font poc en se posant sur votre toit. Car les paons volent, et se posent chaque matin par demi douzaine sur votre toit-terrasse pour y faire la roue en secret et manger du papier journal. Aussi, l’autre jour, à peine… comment ça ? Pas tout à fait le sujet ? Pas de paons ? Pas de paons du tout ?
Le paon qui fait poc au lieu de léon, tout de même, c’était un thème diablement dans vos cordes.
De toutes façons, quand vous affirmez à un indien de la rue que yes, vous habitez ici (sans préciser, prudente, s’il s’agit de bombay ou bien de mumbai), il vous regarde d’un air triste. Sa bouche se contracte, ses sourcils s’arquent, son nez se plisse, son front se sillonne, ses joues choient sur le trottoir en rebondissant. Pourtant, lorsque sans complexe vous confirmez l’information, il se met soudain à rire en se tapant sur les cuisses qu'il a maigres, ce qui prouve à quel point l’homme est inconstant. Et aussi que sans doute, parfois, vous êtes très très drôle à l’oral.
En un mot, il n’y croit pas, à votre histoire, l’indien de la rue. Vous n’habitez pas ici. Quel que soit le nom qu'on donne à ici. C’est tout.
Et quand vous pensez que dans trois mois à peine, ça sera vraiment vrai, vous voulez pleurer.
(sur la photo ci dessus, oui, ce sont des cahiers. C'est que vous n'aviez pas de photo de paon.)
Rédigé à 15:07 dans sudoku | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Il y a quelques mois à peine, une lectrice vous demande de faire un sujet sur les couleurs.
Ni une ni deux (mais peut-être vingt millions huit cent quatre vingt trois), vous organisez un week-end à Udaipur.
Un week-end à Udaipur… c’est agaçant, comme concept, vous le savez bien. C’est réservé aux petits malheureux qui ne peuvent pas aller chez Auchan passer leur samedi après midi à empiler des paquets de surimi sur des yaourts à la mûre d'Auvergne.
Que cette lectrice, et les autres, se consolent en se disant qu’une fois dans l’avion (Udaipur est à une heure et demie de vol de Bombay), vous avez cru votre dernière heure et demie arrivée lorsque, le pilote ayant annoncé un orage, il pronostiqua d’abord un atterrissage forcé à Ahmedabad.
Il voulait bien tourner un peu avec vous au dessus de l’aéroport initialement visé dans son petit avion à hélice (poids : 11,7 kg, résistance au vent: 0,03 micro-micrions (ne cherche pas, ça n'existe pas, ça te donne juste une idée)), mais il n’avait plus qu’une demi-heure de carburant. Ahmedabad, ville du Gujarat boudée bien à tort par le touriste. Ahmedabad, seulement six heures de route de nuit pour arriver à l’hôtel sublime que Sir avait reservé entièrement à votre usage privé. Vous étiez ravis. Vous étiez enchantés. D’autant plus que des orages dans le rajasthan à cette époque de l’année, excuse nous, mais c'est un peu gros.
Et puis par le hublot, vous avez vu le nuage.
Ça n’était pas un nuage, en vérité, plutôt un coquillage géant immobile et noir qui se serait déguisé en ouragan de film catastrophe. Et vous, dans l'avion à hélice minuscule, petit à petit, vous y entriez en silence. Vous, et les éclairs. Puis vous, et la pluie. Puis vous, et le vent et la nuit et des trous. Puis tout ensemble.
Le pilote a dit, bon ben cool finalement les gars je choisis Udaipur, on va bien rigoler.
Vous étiez soulagés, mais en même temps ça voulait dire qu’il n’avait plus d’essence pour changer d'avis si ça tournait mal, si par exemple mille cent cinquante deux tricératops pansus et cornus s’excitaient sur la piste d’atterrissage, tout énervés à cause du gros coquillage noir plein d’éclairs et de la pluie dont ils n’ont guère l’habitude le vendredi soir, eh bien ce pilote n’aurait d’autre solution que de prier Shiva qu’un trou d’air l'emporte avant eux vers un paradi pas si grand que ça.
Bon, la fin est moins amusante, car, tu l’as compris, vous êtes toujours là.
Aussi, le lendemain, vous avez pu voir les couleurs, ce qui était, rappelons-le, ce pourquoi vous étiez missionnée dans ces contrées arides .
Ce samedi, comme un jour sur deux dans ce pays il est vrai, c’est festival.
Festival des femmes, cette fois.
Dans leurs plus beaux saris elles viennent, autour d’arbres sacrés vers lesquels elles s’acheminent d’abord en longues et hallucinantes cohortes, s’agglutiner pour en ceindre le tronc de fil blanc en souhaitant longue vie à leur mari. Vous aimeriez bien voir qu’un jour, on organise ce concept à l’envers, mais passons.
Vous êtes obligée d’arrêter la voiture. Obligée de prendre des photos. Vous n’avez jamais vu ça, ces couleurs ensemble, elles ne sont pas vives, ni stridentes, ni même vibrantes, hein, ne crois pas ça, ce serait trop facile.
Elles sont au-delà. Elles vous laissent la bouche ouverte et
la cervelle grésillante, elles déglinguent votre appareil.
Elles vous font un bien fou. Vous espérez qu'à toi aussi, mon petit chaton, car certains jours, tu le mérites vraiment.
Rédigé à 06:24 dans luminosités | Lien permanent | Commentaires (15) | TrackBack (0)
Vous aviez déniché ce lot somptueux de 4 torchons multicolores dans une ruelle, mais voilà que dès leur premier jour de service Leena a visiblement, constatez-vous peu après son départ, trouvé moyen d’en laisser brûler un en partie –le rose-, vraisemblablement en l’oubliant sur une casserole, tant il est vrai qu’ici les marmites n’ont pas de poignées et sont promptes à mordre la main.
Aussi la matinée suivante, après avoir avec votre cuisinière établi le menu de la journée et des trente prochaines décennies, vous écriez-vous à la vue du fameux torchon calciné protégeant à l’instant un gâteau au chocolat de l’attaque de minimouches :
- Hey, Leena, what happen yesterday to my marvelous new… hein ?
Et là, vous laissez un blanc, car tout comme toi peut-être, vous ignorez depuis quelques minutes seulement comment on décrit le marvelous objet en anglais.
Entre vous, quoi, le torchon brûle. Vous pensez avoir l’air terrible, car vos mains sur vos hanches, car seulement 78% de votre visage pour exprimer l’amusement féroce de cet épisode.
Et là, explosion de joie. Ani tombe littéralement en avant sur le panier de fruits, hoquetant de plaisir, ratant de peu le gâteau au chocolat, tandis que Leena, du haut de son mètre quatre-vingts, se claque les cuisses de bonheur en vous racontant l’affaire en détail. C'est à trois à présent que vous vous esclaffez.
A la fin, Leena vous regarde de toutes ses dents en s'essuyant le front et conclut la conversation par cette déclaration insensée:
- oh, mam, if you want, I will work for you till I die.
Ça fait pas cher le torchon, quand même.
ça lui donne même pas mal de beauté.
Sur la photo, Leena en rose elle aussi, le jour où elle avait décidé de cueillir les concombres amers qui grimpent sur la grille du jardin en les faisant tomber avec son bâton, et où vous avez dû les chercher dans l'herbe à tâtons et à quatre pattes.
Rédigé à 13:46 dans maison de fous | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
La semaine dernière, vous êtes allée à l’une de ces visites
mensuelles organisées pour la communauté française dont le thème était cette
fois prostitution à Bombay.
Pour démarrer, visite d’une école-foyer accueillant les enfants de prostituées et rencontre avec Tania, membre de l’ONG qui s’en occupe. Vous voilà, avec une dizaine de compatriotes et la guide indienne francophone, réunis en rond autour de la jeune femme. Elle explique dans un anglais clair et parfait le fonctionnement de l’école, puis répond aux questions sur la prostitution en général à bombay. Vous écoutez. Essayez de comprendre ce qu’elle dit à travers les mots, laissez monter les images de choses que vous n’avez pas vues.
Et puis, tout à coup, vous décrochez. Votre regard sur les murs se promène.
Une salle de classe. Défraîchie certes, ornée comme une bonne partie de l’établissement à ce que vous avez pu en juger, de fresques malhabiles (vous auriez pu, pensez-vous, être l’auteur de ce portrait de mickey hydrocéphale au dessus du tableau noir). Mais vous n’êtes pas n'importe où, comment l’expliquer, vous êtes dans une pièce où des enfants (vous les entendez, derrière la porte, derrière la fenêtre, rire et brailler comme, évidemment, n’importe quels enfants vers sept heures du soir) vivent et en chient à apprendre le maharati à l’écrit, le calcul, l’anglais, qui sait.
Mickey et tous les animaux déformés sur les murs, le tableau usé où s'étirent à la craie les lignes de maharati que vous ne savez pas lire, les volets tirés pour se protéger de la chaleur, les défauts de la peinture, les proportions de la pièce, sa lumière, la texture du sol, tout cela existe pour eux d’une façon différente. Vous n’êtes là que de passage, dans une demi heure leur vie aura disparu de la vôtre.
Pourtant, elle est là, la grâce. Vous aimez penser à elle, la chercher. Parce qu’elle vient d’eux. Des humains. Il faut la guetter, partout. Même si tout à l’heure, cheminant derrière une ex-prostituée dans les ruelles à la nuit tombée, parmi les femmes qui, comme nulle part ailleurs ici, portent du rouge à lèvres comme un trait de violence, parfois elle vous échappe, la grâce, tout de même, vous vous y accrochez chaque jour.
En quittant l’école, vous apercevez les petits qui jouent dans une pièce. Ils se ruent à la porte pour apercevoir les inconnues étranges que vous êtes, avec vos vêtements, vos coiffures, vos regards de foreigners. Ils attrapent vos mains.
Dans le couloir, la fresque continue, avec sa ribambelle pataude de silhouettes qui tentent de ressembler aux enfants de cette école. Quelque chose vous frappe, alors que vous quittez les lieux avec l’envie d’y revenir, d’aider, misérable que vous êtes, quelque chose dans ces fresques vous tord le cœur :
alors que l’ensemble est plutôt propre et en état correct, ces silhouettes peintes dans le couloir ont un point commun : tous les visages, tous, sans exception, ont été grattés, laissant apparaître le plâtre blanc à la place des yeux, du nez, de la bouche et des joues des enfants de prostituées.
note: la jeune fille sur la photo ci dessus n'a, à ce que vous en savez, de rapport avec ce billet qu'en ce qu'elle porte, en elle, la grâce qu'il faut chercher partout
Rédigé à 02:33 dans sudoku | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)