Il y a quelques mois à peine, une lectrice vous demande de faire un sujet sur les couleurs.
Ni une ni deux (mais peut-être vingt millions huit cent quatre vingt trois), vous organisez un week-end à Udaipur.
Un week-end à Udaipur… c’est agaçant, comme concept, vous le savez bien. C’est réservé aux petits malheureux qui ne peuvent pas aller chez Auchan passer leur samedi après midi à empiler des paquets de surimi sur des yaourts à la mûre d'Auvergne.
Que cette lectrice, et les autres, se consolent en se disant qu’une fois dans l’avion (Udaipur est à une heure et demie de vol de Bombay), vous avez cru votre dernière heure et demie arrivée lorsque, le pilote ayant annoncé un orage, il pronostiqua d’abord un atterrissage forcé à Ahmedabad.
Il voulait bien tourner un peu avec vous au dessus de l’aéroport initialement visé dans son petit avion à hélice (poids : 11,7 kg, résistance au vent: 0,03 micro-micrions (ne cherche pas, ça n'existe pas, ça te donne juste une idée)), mais il n’avait plus qu’une demi-heure de carburant. Ahmedabad, ville du Gujarat boudée bien à tort par le touriste. Ahmedabad, seulement six heures de route de nuit pour arriver à l’hôtel sublime que Sir avait reservé entièrement à votre usage privé. Vous étiez ravis. Vous étiez enchantés. D’autant plus que des orages dans le rajasthan à cette époque de l’année, excuse nous, mais c'est un peu gros.
Et puis par le hublot, vous avez vu le nuage.
Ça n’était pas un nuage, en vérité, plutôt un coquillage géant immobile et noir qui se serait déguisé en ouragan de film catastrophe. Et vous, dans l'avion à hélice minuscule, petit à petit, vous y entriez en silence. Vous, et les éclairs. Puis vous, et la pluie. Puis vous, et le vent et la nuit et des trous. Puis tout ensemble.
Le pilote a dit, bon ben cool finalement les gars je choisis Udaipur, on va bien rigoler.
Vous étiez soulagés, mais en même temps ça voulait dire qu’il n’avait plus d’essence pour changer d'avis si ça tournait mal, si par exemple mille cent cinquante deux tricératops pansus et cornus s’excitaient sur la piste d’atterrissage, tout énervés à cause du gros coquillage noir plein d’éclairs et de la pluie dont ils n’ont guère l’habitude le vendredi soir, eh bien ce pilote n’aurait d’autre solution que de prier Shiva qu’un trou d’air l'emporte avant eux vers un paradi pas si grand que ça.
Bon, la fin est moins amusante, car, tu l’as compris, vous êtes toujours là.
Aussi, le lendemain, vous avez pu voir les couleurs, ce qui était, rappelons-le, ce pourquoi vous étiez missionnée dans ces contrées arides .
Ce samedi, comme un jour sur deux dans ce pays il est vrai, c’est festival.
Festival des femmes, cette fois.
Dans leurs plus beaux saris elles viennent, autour d’arbres sacrés vers lesquels elles s’acheminent d’abord en longues et hallucinantes cohortes, s’agglutiner pour en ceindre le tronc de fil blanc en souhaitant longue vie à leur mari. Vous aimeriez bien voir qu’un jour, on organise ce concept à l’envers, mais passons.
Vous êtes obligée d’arrêter la voiture. Obligée de prendre des photos. Vous n’avez jamais vu ça, ces couleurs ensemble, elles ne sont pas vives, ni stridentes, ni même vibrantes, hein, ne crois pas ça, ce serait trop facile.
Elles sont au-delà. Elles vous laissent la bouche ouverte et
la cervelle grésillante, elles déglinguent votre appareil.
Elles vous font un bien fou. Vous espérez qu'à toi aussi, mon petit chaton, car certains jours, tu le mérites vraiment.



